mardi 19 mai 2026

Der Albtraum [Toi qui cherches, toi qui doutes]

Quelles émotions ?
- Je m'en veux, je n'en finis pas de m'en vouloir terriblement et de me rabaisser en permanence, dans mon cinéma intérieur
- Je suis mon pire ennemi, dans ces configurations.
- Je m'en veux de m'être trompée.
- J'ai l'impression de m'être trompée.
- Je suis déçue.
- Je ressens un manque de confiance ou de considération.
- Le manque de considération me touche et me renvoie à la petite fille que j'étais. Me renvoie à un besoin élevé d'attention et de considération.
- J'ai peur de ne pas être à la hauteur. Le manque de considération implique que je ne sois pas à la hauteur.
- J'ai peur de décevoir mes parents, mon père, ma mère. Je n'arrive pas à me libérer de cette peur de les décevoir.
- J'ai peur de ne pas être aimée si je les déçois. Je sais que je ne serais pas aimée si je les déçois. Je crois que je ne serais pas aimée si je les déçois. Je n'ai aucun témoignage d'amour autre que l'approbation parce que je suis considérée, à la hauteur, en situation de réussite.
Notes déposées le 25 mars 2025.

Mai 2026.

Depuis bientôt 20 mois (c’est que je les compte !), je suis à Menegroth, Fort Meade, Maryland. J'ai un temps cru que c'était Rivendell : mais ce sont les milles cavernes.
Cet endroit est épouvantable, particulièrement le lundi lorsqu'il me faut quitter mon domicile pour m'y rendre, reprendre mon charroi d'inconforts et de couleuvres, sans savoir précisément quand le chemin s'éclairera.

Il y a des clairières reposantes, néanmoins ; mais la plupart du temps j'erre dans la boue, démunie et incertaine. Mes armes ont été happées par la fange visqueuse dans laquelle j'évolue. Jamais chemin n'a été aussi éprouvant à parcourir - encore que les biais psychologiques de récence et de « rétrospective de la vie en rose » jouent certainement un rôle non négligeable dans cette perception de mon quotidien. Et rares ont été, en réalité, les configurations dans lesquelles j'ai su, ici et maintenant, apprécier avec objectivité ce que je traversais.

Le titre de cette note est ancien : "le rêve des elfes", ou encore le cauchemar. Fort Meade est, de fait, un véritable cauchemar - sans que je n'arrive avec précision à en caractériser les raisons. Jusqu'où est-ce de mon fait ? Jusqu'où ne suis-je que le jouet d'une organisation dysfonctionnelle ? Je ne le sais pas vraiment - et j'en suis arrivée à arrêter de me questionner.

Est-ce que je regrette Langley, le ranch et les cow-boys ? Profondément bien sûr. Quitter Lucky Luke était une grosse bêtise, je ne sais toujours pas très bien quelle mouche m'a piquée. J'étais fatiguée - oui bien sûr, mais cet argument ne tient raisonnablement pas. Aujourd'hui, recluse auprès d'elfes consanguins et rigides, j'étouffe et les grandes plaines me manquent.

Elle est là devant ta maison, comme une amie,
Et pendant la verte saison, toute fleurie,
Elle fuit jusqu’à l’horizon
D’une fuite infinie.

Idril et Beleg, auprès desquels j'exerce au quotidien, sont agréables - à leur façon elfique, avec raideur, distance et maladresse. Thingol gouverne avec habileté, finesse et même une certaine arrogance contenue. Fëanor est certainement le personnage le plus intéressant du lot. Jusqu'à quand restera-t-il ?

Ces jours derniers, j'ai traîné mes basques au sein du M. - repère d'Hommes et de Pèlerins. Parfois les deux en même temps. Simplicité, authenticité, la vie dans une forêt que l'humain instrumente à son service, transforme et aménage. Les elfes m'épuisent par leurs immobilismes, leurs diversités et leurs agoras. Il n'est pas une semaine sans que je ne me dise que je vais les quitter, qu'il faut que je les quitte - et d'ailleurs que je vais m'engager dans une démarche de départ. J'attends novembre, parce que cela fait sens. Il faut que j'attende encore 18 mois, en réalité, mais cette obligation m'insupporte.

Et si j'habitais cette fuite ? C'est ma bonne résolution depuis le début de l'année civile. Je tâche de le vivre de l'intérieur, avec distance et recul, en accueillant frustrations et doutes comme de familiers compagnons de route.

C’est la route des paladins, route guerrière,
Elle a vu la marche des Saints, vers la Lumière,
Et leurs pas sont encore empreints
Dans sa vieille poussière. 

Ces jours-ci, dans la forêt des Hommes, j'ai retrouvé l'image du héros sombre, taiseux et excessif, imprégné de drames antérieurs mal digérés, empêtré d’émotions intériorisées, pétri du sens de la terre et de la famille - tout en portant des contradictions intenses et absolues. Ces guerriers des temps modernes, trop grands pour une vie ordinaire, portent leur inadaptation en bandoulière. Je ne suis pas étonnée, somme toute, de les retrouver, quinquagénaires burinés, dans les sous-bois rafistolés du M.

Est-ce qu'ils m'émeuvent ? Dame - oui ! Je n'en finis pas d'être touchée. A chaque fois que j'en croise un - en chair, en ombre ou en rêve, mon cœur se serre et l'appel de quelque chose de plus grand que moi se fait plus fort, teinté d'un mélancolie irrépressible.

En y songeant, ici et maintenant, assise à cette table, dans cette instance elfique asséchante, le vent des landes m'habite - et me ressource. Est-ce qu'il fait de même pour les guerriers d'aujourd'hui ? Je sais que je ressors toujours énergisée de cette tension spirituelle. Je me réjouis d'avoir trouvé le temps de l'écrire.

Si ton cœur parfois s’est ému pour de grands rêves,
Si tu veux les fières vertus qui nous soulèvent,
Bien loin des sentiers rebattus
Suis la route sans trêve. 

L'instance est terminée. Me revoici dans mon bureau, un peu vide, un peu tâtonnante. Le cœur bleu et la bouche pleine du sucre acide des bonbons qui me portent ces temps-ci.

Une requête auprès de chatgpt me fait sourire, je l'ai fait disserter sur les différences entre Renny Whiteoak de la série Jalna et le héros byronien. Elle me renvoie à mes contradictions : de la passion destructrice au sens du clan, de la mélancolie aux responsabilités familiales, de la solitude au besoin de permanence, de l'intensité romantique aux choses comme elles doivent être.

J'ai souvent, sur ce blog vieillissant, maudit et mal codé, parlé de chemin. De carrefour, de pistes et de fossé. De Vérité et de Vie, aussi. Samedi soir, j'étais mécontente d'avoir assisté à ce que j'ai reçu comme un cérémonial grégaire, occulte, énigmatique. Je m'en suis sentie "en dehors", tout en étant parfaitement consciente que je suis la plupart du temps "en dehors de tout" - par choix personnel et par orgueil essentiellement.

Et que c'est un peu stupide.

Probablement que la route est la meilleure école d'humilité. C'est simple - plus j'avance, et plus je me sens petite, démunie et incertaine.

Tu sauras les secrets nombreux de cette route,
Les calvaires dressés aux cieux, sous la grand voûte,
Tu seras pour l’amour de Dieu
Chaque jour aux écoutes. 

OG nous a quittés, après un chemin de ronces et d'épines, samedi dernier. J'ai pleuré, le cœur déchiré. Parce qu'il était formidable, grand et inspirant, et parce que je pense - peut-être à tort ? - qu'il ne s'est jamais vu comme moi, je le percevais. Sa part fut amère et visqueuse - et pourtant il a relevé les défis avec une grande élégance. Il était beau, raffiné et puissant. Il a assumé ses chemins de traverse, ses lumières et ses ombres.

C'était un grand guerrier.

Quand la nuit aura dans les bois fait le silence,
Tu t’endormiras sans émoi, plein d’espérance,
Et la voix du Seigneur en toi
Sera ta récompense. 

Ohé ?

jeudi 4 juillet 2024

Adios amigos

N'est-il pas parfait, ce titre, pour un cheval qui quitte le Far West, une bonne fois pour je l'espère toutes ?

Langley, Madre de Dios, Langley... Je me souhaite de ne jamais y remettre les pieds. Le pire, c'est que je trouve à nouveau le moyen d'être traversée de doutes.

Il faut dire que les Cow Boys avaient la classe, c'est bien le problème. J'ai toujours eu un faible pour les belles statures, le charisme, les yeux perçants et la précision du geste.
L'on pourrait faire une assez belle affiche avec, pêle-mêle, le visage plissé de Luke, la ligne de sa mâchoire et son regard perçant, la mèche brune et le sourire en coin du Chef, la rondeur de Bart, les gaffes de Franck et Jesse James, la si belle gueule et les gueulantes de Blueberry, la voix chantante de cette connasse de Belle Starr...

Mais je crois bien que cela suffisait de faire la bonniche dans un ranch décati, sentant légèrement la chaussette et la sueur.

-- Note du 27 février 2025 : je publie cette note à l'heure où je suis déjà arrivée, depuis cinq mois, à Rivendell, Fort Meade. J'aime immensément cette affiche décrite plus haut. Elle me manque. La suite dans le post suivant.

vendredi 3 novembre 2023

La note promise

Set fire to the rain - Adele

J'ai promis il y a plusieurs semaines d'écrire cette note ; pas directement, non bien sûr.

Que va devenir ce blog ? Je dois bien avouer que cette question implicite me taraude à chaque fois que je saisis les identifiants de cette interface vieillissante, si familière et pourtant si éloignée à la fois. De plus en plus éloignée, jour après jour, mois après mois, année après année.

J'avais donc promis d'écrire ; il est fascinant de constater qu'encore une fois, la gentille accompagnatrice à laquelle je me confie ces temps-ci a identifié cette fibre indicible et pourtant bien présente au fond de ce qui me constitue. L'écriture, sous toutes ses formes. Dire les choses, raconter, décrire, partager, et puis relire - se relire.

Qu'est-il advenu depuis la dernière note ? Un échec à l'Ecole des sorciers, sans même la possibilité de pouvoir me défendre à l'oral. C'est aussi bien, je crois que c'était écrit ainsi. Est aussi prévue une audition dans un futur tout proche, qui me terrorise et que je tente de rationaliser avec ironie.

Ma relation avec Lucky Luke s'effiloche ; nous n'aurons jamais été aux rendez-vous que nous nous étions réciproquement fixés, je le crains. De grosses vagues en cet automne auront eu raison de l'artificialité de nos liens. Artificiel ne veut pas dire faux ou absent, notons bien. D'autant que dans ce cas, les liens avaient été forgés avec un grand professionnalisme.
Je crois que Lucky Luke sent que je tente d'explorer des pistes en dehors du ranch. Je pense que ça ne lui plait pas mais qu'il est englué dans une posture rationaliste qui l'empêche de mettre la pâte humaine que j'aurais aimé qu'il installe - dès le début, si je suis honnête.
Ces jours-ci, je vois qu'il s'habitue à demeurer sans cheval. Il crée des liens avec les autres animaux du ranch, soigne des liens avec d'autres cow-boys - pour l'essentiel tous plus crétins que les autres. Mais ce sont des cow-boys, comme lui, quand je suis Jolly Jumper. Il est des moments où il devient plus agréable de partager un coin de feu avec des congénères plutôt qu'un cheval grognon.

Où vais-je atterrir, une fois que cette période de transition sera achevée ? Car la question n'est plus tellement celle du quand, ni même du comment, mais bien du où. Elle m'inquiète, car je ne veux plus m'user jusqu'à la corde : Artie, Jarl et Winie ont trop besoin de moi pour que je puisse à nouveau m'oublier comme je l'ai fait par le passé. L'image qui me vient, souvent, lorsque je pense à moi, est celle d'un bulbe de fleur - qui se vide jusqu'à la pourriture pour donner ressources et énergies aux feuilles et aux fleurs au-dessus de la terre. Invisible, enterrée, voilà où je suis désormais. Et en même temps, ma responsabilité est immense : si je viens à mourir, tout s'effondre.

C'est un peu triste, j'en conviens. C'est malgré tout terriblement réaliste, et je n'en tire pas plus de rancune que cela. Je suppose que dans une dizaine d'années, cela ira mieux. Mes petits seront moins dépendant de moi, je pourrais certainement regagner un peu de cette liberté que j'ai perdue. Et Ronin dans tout cela, me dirais-tu cher blog ? Disons que Ronin est désormais tiré d'affaire et autonome après sa reconversion et une première année de sa nouvelle activité. Je crois qu'il ne sera jamais constitutif de cette force motrice qui me rassurerait - mais c'est tant pis, je crois que c'est ainsi que ce chemin devait être. Où est-ce qu'il sera quand je ne serai plus un bulbe ? Je ne sais pas le dire. J'attends, nous verrons bien. Ces temps-ci, je l'empêche de me prendre l'énergie que je veux diriger exclusivement vers les enfants. Il en tire certainement de l'amertume, car il aimerait bien être une feuille supplémentaire du bulbe, mais qu'importe. Je considère, certainement égoïstement, que j'ai été trop abîmée par ces dix dernières années. C'est dommage, mais c'est ainsi. Je ne vais pas prétendre le contraire, cela serait vraiment la fin du peu d'acuité intellectuelle qu'il me reste dans cet océan d'à peu près.

Demain, c'est son anniversaire. Cela me pèse et me coûte, quand je pense à la succession de fiascos qu'ont été mes propres anniversaires ces dernières années. Je tâche de m'impliquer, même si je dois avouer que mon esprit est ailleurs. Ce n'est pas simple. Je suis habitée par une sorte de fatigue émotionnelle, qui me fait refuser de m'engager dans cette direction. Refus d'obstacle, pour filer la métaphore du cheval. Je n'ai plus envie de porter la moindre action pour lui. Pas tant que je devrais lui rappeler le quotidien - la bagnole, les vacances, les finances du foyer, la nécessité de déménager, nos trajectoires communes. Pas tant qu'il ne pensera pas demain. Pas tant qu'il jugera mes clopes en cachette, mes envie de solitude et mes bandes-son des années 2000. Oh God, je ne vais jamais pouvoir publier cette note en l'état.

Je laisse guider mes pensées : le souvenir de mon dernier anniversaire, particulièrement décevant à cet égard. Ronin s'était retrouvé captif de mes parents, avec une parodie de déjeuner familial, parodie de gâteau, parodie de tout. Mes pauvres parents, dont il faut désormais que je m'éloigne, c'est clair. J'ai mis du temps, mais j'y suis arrivée. Certains vont plus vite que d'autres, je dois l'avouer. Où est-ce parce que j'ai désormais une assise financière un peu plus solide (et Ronin également) ? Parce que j'arrive mieux à écrire, sans honte, cette réalité ?

Je vois très bien où ce chemin pourrait aller si je continuais de l'écrire avec simplicité. Peut-être que là encore, je mets trop de temps à décliner ce qui serait une évidence pour n'importe qui. Je suis lente et envahie par le doute. Cela me perdra certainement.
C'est amusant, ce n'était pas du tout l'idée de cette note lorsque j'ai ouvert ce blog.

C'est un fil risqué que celui que j'ai déroulé, parce que si je suis complètement honnête, ces temps-ci je ne fais plus rien qui m'amène à porter quelque chose de concert avec lui. La cuisine en commun est devenue impossible. S'il décide de s'occuper d'un bain ou d'un coucher, je désinvestis complètement l'action. Je refuse son timing, ce qui est une manière bien peu constructive pour me réapproprier quelque chose que j'estime avoir perdu. Ce n'est pas que ma liberté, c'est plus que cela. Mon individualité, mon intériorité. Mon rapport au monde. Est-ce que cela dit de moi quelque chose, quelqu'un d'affreux ?

Je ne suis pas certaine qu'il soit possible pour autrui de vivre avec moi, somme toute. Je n'arrive pas à m'en inquiéter complètement. Ma mère dirait avec simplicité que je suis chiante, et d'ailleurs elle ne s'est pas privée de l'exprimer en ces termes cet été. En fait, je crois que c'est moins la réalité du constat que l'attaque contenue dans ces propos qui m'a blessée. Je sais bien que je suis "compliquée". J'aime cette complexité, dans toutes ses dimensions. J'aime refuser la simplicité, les raccourcis, les facilités. Mais à l'heure où je peine à avancer, où tout me paraît lourd et difficile, tout déséquilibre devient une déclaration de guerre. Et je n'ai jamais été très résiliente - tu sais bien blog, cette fameuse rigidité ennuyeuse et souvent moquée.

Dans dix ans, ça ira mieux - peut-être. Dix ans... rendez-vous dans dix ans, blog.
En juillet 2024, ce blog aura vingt ans. "Vingt putain d'années", aurais-je marmonné il y a dix ans. J'ai dépassé ce stade. Je sais à quel point l'autrice de ces lignes, il y a vingt ans, m'aurait regardée avec mépris. Je vis avec ce mépris tous les jours. Une partie de ce mépris explique ma difficulté grandissante à me raconter.
A quel moment ça a dérapé ? Avec les enfants, c'est désormais assez sûr. La parentalité emporte tout un lot de contingences que je n'ai pas su maîtriser. Celles qui sont issues des poissons panés, pour commencer, mais pas seulement. Mes trois grandissent aujourd'hui, et je vois dans leur éducation, en strates, ce qui est hérité, ce qui est conditionné, et ce qui vient de moi. (Je passe ce qui vient de ma belle-famille, inintéressant pour l'exercice, et contre mauvaise fortune bon cœur bien présent).
Est-ce que moi et Ronin, sans les enfants, ça aurait été ok ? Peut-être, mais ce n'est pas sûr du tout.
Est-ce que je regrette ? C'était sensé être une note sur les inconforts ordinaires, putain. En général, je ne regrette rien, je prends tout en l'état. Je construis sur l'existant.

Est-ce que je regrette ?

-- Note du 27 février 2025 : cette note a d'abord été conservée sous mot de passe. Je la publie ce jour.

mardi 2 mai 2023

Savoir qu’il faut partir, mais rester quand même

Le 28 avril 2023
Étrange période que celle que je traverse depuis cette crise de février – à laquelle je repense avec une légère honte. J’ai dit « stop », et quelque part je me suis arrêtée. J’ai décidé d’arrêter de courir, pour le show.

J’ai candidaté pour devenir une sorcière, aussi. Je ne le serai peut-être jamais de ma vie, mais enfin si je n’essaie pas, je ne le saurai jamais. J’ai terminé une sorte de Horizon Training pour femmes – qui m’a beaucoup troublée.

Black Bart a quitté le Ranch, d’autres Cow-boys sont arrivés.

Et il y a Lucky Luke. Et s’agissant de ce dossier, vraiment, je ne sais pas par où commencer. Je ne sais plus que dire. Je pense que je ne suis même pas la pauvre nana à boucles rousses, ni même le Shérif. Jolly Jumper peut-être. A grogner régulièrement. Et vraiment, je ne veux pas être Jolly Jumper. La dame bouclée ou le Shérif m’auraient mieux convenu.

Il faut que cela s’arrête. J’aimerai bien une relation plus simple, plus égalitaire, plus profonde. Mais cela n’arrive pas.

Pourquoi a-t-il absolument voulu m’appeler aujourd’hui ? Parce qu’il n’a pas confiance ? Parce qu’il veut se rassurer ? Parce qu’il pense me rassurer ? Aucune de ces trois propositions ne convient, je dois l’avouer. J’aimerai que la réponse soit « parce qu’il m’apprécie et qu’il a du mal à décrocher de ce boulot poisseux, toxique, qui est en train de le transformer en quelque chose qu’il n’avait pas anticipé. » J’aimerai bien. Mais j’ai bien peur de me tromper.

J’ai une gentille accompagnatrice, ces temps-ci. Assez marrante, qui m’apporte assez sans en avoir l’air. Elle me dit que je suis le mentor de Luke. Un cheval mentor. On n’a jamais vu ça. Lucky Luke ne peut pas avoir de mentor, dans mon référentiel, cela n’existe pas.

Je pars en vacances plusieurs jours. J’aimerai parvenir à couper, à m’ôter le Ranch de ma tête, à enterrer Langley et ses atermoiements sous un monceau d’autre chose – de ce qui me constitue, moi. Lire, chanter, dormir. Retrouver du sens.

Je m’effraie tant je peine à retrouver le sens de ma vie. Artie, Jarl et Winie sont au VieuxP avec Mom & Dad. Ironie terrible, ce blog doit bien rire de cette situation abracadabrantesque. Néanmoins, ils me manquent. Ronin et moi ne savons plus très bien comment gérer cette vie sans eux.

Il faut que je quitte le Ranch, c’est une certitude. Alors que je veux apprendre à durer. Pourquoi suis-je incapable de me fixer ? C’est comme si, depuis Quantico, j’étais incapable de tenir en place, en permanence insatisfaite. Mais peut-être aussi que je suis restée si longtemps à Quantico parce que j’attendais Artie et Jarl. N’empêche.

Pourquoi je dois quitter Langley : trop éloigné géographiquement, trop éloigné de mes valeurs. Pas assez payée, aussi. (Oui, j’ai décidé.) Pourquoi j’ai du mal à quitter Langley : le Ranch, Lucky Luke. Est-ce que cela suffit ? Est-ce que cela mérite que je me crève la patate ? Peut-être pas.

Mon rapport au temps est complètement déglingué. Je sais qu’il passe vite, alors je serre les dents en attendant que cela passe. Je les serre tellement fort que j’en ai des crampes abominables aux mâchoires. Je me masse les joues, sans succès.

Le 2 mai 2023
Et me voici, dans ces moments dans lesquels j'écris le mieux. Avec de l'alcool, des musiques qui regrettent le temps qui passe, et cette lumière grise dans mes yeux. Pourquoi je reste à Langley ? Parce que Langley me paie, voilà tout. Et c'est juste cela. Je pourrais inventer que Lucky Luke est quelqu'un de spécial, que là-bas je change le monde, que vraiment c'est une Aventure avec un grand A. Je pourrais dire cela. Je pourrais même le croire.

Cela serait quand même faux.

Le temps qui passe n'en finit pas de me défigurer, de me retirer ce qui me constitue, moi.

Je n'ai jamais été aussi perdue.

Le Maëlstrom qui a suivi la naissance de Winie s'apaise. Cinq ans après, presque six. Elle était malade, le sais-tu blog ? Certainement par ma faute. Elle est née trop tôt, dans des circonstances terribles qui ne sont que de ma faute, ma faute à moi. J'ai cru qu'en faisant semblant de ne pas l'attendre, juste après Fox, cela passerait. Je suis fautive de tout, je le paierai jusqu'à la fin de mes jours.

Je ne l'ai jamais écrit comme cela. Mais je le sais depuis le début. C'est de ma faute. Bref. Elle va peut-être guérir, après des tas de piqures et de traitements affreux. Elle avait encore un urticaire terrible ce soir, mais je suis reconnaissante à notre médecine moderne de si bien savoir guérir des maux qui autrefois auraient été épouvantables.

Cette certitude que c'est de ma faute, c'est cette voix qui me murmure qu'après tout, tout peut bien se casser la figure, je l'aurai bien mérité. Cette voix est bien tenace ! Elle ne disparaîtra jamais vraiment, probablement.

J'ai quelques jours de vacances devant moi : je les savoure, chez moi. Je procrastine, remettant à demain des tâches que je n'ai aucune envie d'accomplir. Mineures, mais lourdes de sens. Elles concernent le M., essentiellement.

Je suis bien paumée. Spall me tanne pour proposer mes services à d'abscons sorciers. Je me sabote assez bien.
J'aimerai revoir McGraw, j'hésite terriblement à lui écrire. Pour lui dire quoi ? Que je pense à elle bien souvent, et qu'à chaque dossier difficile, je me demande "que ferait McGraw ?" Mais Luke n'est pas Eastwood. Et je ne suis pas McGraw.

Il faudrait que je m'occupe mieux d'Artie. Je ne suis pas la bonne mère pour elle. J'essaie de faire de mon mieux, vraiment ! Je vois tellement tout ce que je ne suis pas pour elle. C'est si difficile, d'avoir peur pour son enfant, de se sentir coupable des mauvais choix, sans d'autre solution que d'accepter cette imperfection. Peut-être que celui qui a le plus de ressources reste Jarl, "mon bébé haut potentiel", qui me ressemble par certains aspects.

C'est aussi tellement difficile d'écrire sur ses propres enfants. Je les vois devenir des êtres complets et autonomes. Ils sont aussi ce que je chéris le plus. Depuis le début de ce blog, donner des surnoms aux personnes rencontrées, en décrire une surface esquissée et éphémère : voilà qui était simple. Mais parler de mes enfants ? Pour tenir autre chose que des propos élogieux et subjectifs ?

Quelle mère bien constituée s'y risquerait ?

samedi 19 novembre 2022

Glimpses

KSHMR - Anywhere is home

Et me voici, dans une médiathèque qui s'apaise après le chaos d'un samedi après-midi, patientant le temps que mon Jarl termine une heure de jeux vidéos, tentant vaille que vaille de remettre un peu d'ordre dans mon quotidien - mais échouant lamentablement et sans équivoque. "Voir la lumière avant qu'elle ne s'éteigne," comme dirait le trivial poète qui accompagne mes hésitations inérieures.

J'avais envie de parler de Lucky Luke, dans cette note.
Lucky Luke, ce personnage inattendu arrivé dans l'histoire de ce blog au début de l'été 2021.
Un personnage avec lequel j'aurais vraiment tout fait pour installer une distance rigoureuse et solide.

Alors pourquoi est-ce que je m'applique autant à renforcer son rapport au pouvoir, à la maîtrise des trajectoires et des personnes, à la prise de décision ?
Qu'est-ce que je cherche ainsi à obtenir, pour moi, pour lui ?
Je ne suis pas tellement certaine de publier cette note, je dois bien me l'avouer.

Pourquoi disséquer cela, maintenant ?
Il faut dire qu'en suite de cette espèce d'apogée intervenue cette semaine, ce climax tant attendu, je peine à visualiser la suite. Et ce blog sait à quel point je hais l'incertitude. J'essaie de me projeter d'ici la fin de l'année, en meublant mon temps, en patchant un emploi du temps déjà débordant de projets et de rendez-vous, professionnels et personnels. Des visites, des journées, des échéances.

Je l'ai amené là où il est à présent, et désormais.... désormais, quoi ?
Je sais qu'il mesure maintenant que tout est désormais à construire, qu'il n'y a pas de retour en arrière après avoir contemplé l'immensité du champ des possibles. Désormais, la pression est terrible, et c'est en partie de ma faute.
Est-ce qu'il se serait contenté de peu ? Je me dis que non, même si je n'en suis pas si sûre : il ne savait pas qu'il était possible d'aller là où je l'ai conduit. Il voulait aller loin, certes, mais aussi haut ?

Une partie de moi aimerait le suivre, construire avec lui, dessiner le chemin et en aménager les contours. Cette partie de moi aime trop le pouvoir pour s'en détourner alors qu'il est si près.
Une autre partie de moi se censure : je ne suis pas assez pertinente, trop petite dans l'ordre des choses, pas la bonne personne, et pas même Cow Girl pour commencer. Cette partie de moi se dit qu'après tout, s'il me remercie - un jour, plus tard -, cela ne sera que logique, et que je ne dois pas m'en trouver affectée. Que cela me permettra de me reposer et de me recentrer sur moi, après toute cette frénésie épuisante.

En filigrane, ou en écho, il y a cette cette intuition lancinante que quelque chose de nouveau a émergé de tout ce fatras. Un fil nouveau, ténu, brillant et acéré. Quelque chose que je ne veux pas nommer, même si ne la reconnais que trop bien. Cette chose, là, ce soir, j'ai envie de la préserver. Je la contemple avec circonspection. J'ai besoin de me réassurer : oui, elle est bien là.
Évidemment, qu'elle est là.

Et je m'en veux, car je suis très responsable du tissage de ce fil. Je sais exactement comment il est arrivé, à quels moments j'aurais du le couper - ce que je n'ai pas fait, et pourquoi il s'est en conséquence à ce point renforcé.
Tu vas me dire, cher blog, qu'il n'avait qu'à se débrouiller tout seul et que c'est tant pis pour lui.

Je peux te répondre que ce serait assez injuste, parce que j'ai très probablement une longueur d'avance sur lui.
Enfin, j'écris cela. Je n'en sais rien à vrai dire. Je le suppose, mais je n'en sais rien.
Peut-être qu'il a déjà vu que ce fil était une possibilité, et peut-être qu'il a accepté de composer avec lui en connaissance de cause.
Mais te l'avouerai-je, blog ? Je ne l'en crois pas capable.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je suis plutôt circonspecte à l'idée de renforcer le lien.
Mais à la fois, s'il avait été plus affuté, plus astucieux, un peu comme se piquait de l'être Rhêtor par exemple, il n'aurait récolté que mon mépris et un amusement distancié.
Sa simplicité me désarme, quelque part.

Il y a des échos que j'analyse, que j'essaie de mettre de côté, que j'essaie de ne pas surinvestir.
Il y a aussi cette prescience que ce que nous traversons provoque ou même précipite la situation actuelle. L'état de fatigue physique, de tension émotionnelle et d'incertitude quant aux postures à adopter - tout cela constitue une marmite euphorisante qui floute tout.

Enfin. C'est pour l'instant le week-end, et lui comme moi avons encore ce sens de la préservation de nos espaces individuels. Personnels. Familiaux. Culturels. Jusqu'à quand ? Il y a déjà eu quelques biffures portées à ce contrat, elles demeurent néanmoins particulièrement exceptionnelles.
Les difficultés sont plurielles ; à la différence de Fox, la situation est ici particulièrement asymétrique. L'âge, la situation professionnelle, le positionnement institutionnel.

Je mesure qu'il faut que je porte une attention toute particulière à moi : en cas de catastrophe, c'est forcément moi qui en paierait le prix le plus élevé. Comment McGraw s'est-elle dépêtrée des situations similaires qu'elle a connues avec Eastwood ? J'écris cela parce que, vue de l'extérieur, il me semble qu'elle n'en finit pas de régler une facture injustement attribuée.

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